Salut à toi, jeune helléniste ! Si tu prépares le bac ou une version grecque, l'imparfait est un temps que tu vas croiser très souvent. Pas de panique : il suit des règles logiques, et une fois que tu as compris l'augment, tout devient plus simple. Dans cet article, on va démystifier l'imparfait grec ancien ensemble, étape par étape, avec des exemples concrets. Prêt ? C'est parti !
Qu'est-ce que l'imparfait en grec ancien ?
L'imparfait (ὁ παρατατικός, ho paratatikos) est un temps du passé qui exprime une action qui dure, qui se répète, ou qui est inachevée dans le passé. En français, on le traduit souvent par « je faisais », « je fus en train de faire », ou « j'avais l'habitude de faire ». Par exemple, dans un récit, l'imparfait sert à planter le décor : ἔλυον (eluon) signifie « je déliais » ou « j'étais en train de délier ».
L'imparfait appartient au système du présent : il se forme sur le radical du présent, mais avec un préfixe temporel appelé augment, et des désinences secondaires. C'est ce qui le distingue du présent de l'indicatif.
L'augment : la marque du passé
L'augment (ἡ αὔξησις, hē auxēsis) est un préfixe qui se place au début du verbe à l'indicatif, uniquement aux temps passés (imparfait, aoriste, plus-que-parfait). Il existe deux sortes d'augment :
- Augment syllabique : pour les verbes qui commencent par une consonne, on ajoute un ἐ- (e-) devant le radical. Exemple : λύω (luō, « je délie ») → ἔλυον (eluon, « je déliais »).
- Augment temporel : pour les verbes qui commencent par une voyelle ou une diphtongue, on allonge cette voyelle ou la première voyelle de la diphtongue. Exemple : ἄρχω (archō, « je commence ») → ἦρχον (ērchon, « je commençais »).
L'augment ne se met qu'à l'indicatif, et jamais aux autres modes (subjonctif, optatif, impératif, infinitif, participe). C'est un indice précieux pour reconnaître un temps passé dans une version.
Les règles de l'augment temporel
Quand le verbe commence par une voyelle, voici comment elle s'allonge :
- α (a) → η (ē) : ἄγω (agō, « je mène ») → ἦγον (ēgon, « je menais »)
- ε (e) → η (ē) : ἐλπίζω (elpizō, « j'espère ») → ἤλπιζον (ēlpizon, « j'espérais »)
- ο (o) → ω (ō) : ὁρμάω (harmaō, « je pousse ») → ὥρμων (hōrmōn, « je poussais »)
- ι (i) → ῑ (ī) : ἱκετεύω (hiketeuō, « je supplie ») → ῑ̔κέτευον (hīketeuon, « je suppliais ») – attention, l'esprit rude devient doux après l'augment ? Non, il reste rude, mais on écrit ῑ̔ avec l'esprit rude sur la voyelle longue.
- υ (u) → ῡ (ū) : ὑβρίζω (hubrizō, « je suis insolent ») → ὕβριζον (hūbrizon, « j'étais insolent »)
- αι (ai) → ῃ (ēi) : αἴρω (airō, « je lève ») → ἦρον (ēron, « je levais ») – ici, la diphtongue αι devient η, et on perd le ι souscrit.
- οι (oi) → ῳ (ōi) : οἰκέω (oikeō, « j'habite ») → ᾤκουν (ōikoun, « j'habitais ») – la diphtongue οι devient ω, avec ι souscrit.
- αυ (au) → ηυ (ēu) : αὐξάνω (auxanō, « j'augmente ») → ηὔξανον (ēuxanon, « j'augmentais »)
- ευ (eu) → ηυ (ēu) : εὑρίσκω (heuriskō, « je trouve ») → ηὕρισκον (hēuriskon, « je trouvais »)
Ces allongements sont réguliers, mais il faut les connaître par cœur. Un bon réflexe : quand tu vois un verbe commençant par η, ω, ou ῃ, demande-toi si c'est un augment temporel. Cela t'aidera à identifier le présent correspondant.
Les désinences de l'imparfait
L'imparfait utilise les désinences secondaires (ou désinences historiques), que l'on retrouve aussi à l'aoriste. Les voici pour l'indicatif actif et moyen-passif :
Voix active
- 1re sing. : -ον (-on) : ἔλυον (eluon, « je déliais »)
- 2e sing. : -ες (-es) : ἔλυες (elues, « tu déliais »)
- 3e sing. : -ε (-e) : ἔλυε(ν) (elue(n), « il/elle déliait »)
- 1re plur. : -ομεν (-omen) : ἐλύομεν (eluomen, « nous délions »)
- 2e plur. : -ετε (-ete) : ἐλύετε (eluete, « vous déliiez »)
- 3e plur. : -ον (-on) : ἔλυον (eluon, « ils déliaient »)
Voix moyenne / passive
- 1re sing. : -όμην (-omēn) : ἐλυόμην (eluomēn, « je me déliais » ou « j'étais délié »)
- 2e sing. : -ου (-ou) : ἐλύου (eluou, « tu te déliais »)
- 3e sing. : -ετο (-eto) : ἐλύετο (elueto, « il se déliait »)
- 1re plur. : -όμεθα (-ometha) : ἐλυόμεθα (eluometha, « nous nous déliions »)
- 2e plur. : -εσθε (-esthe) : ἐλύεσθε (eluesthe, « vous vous déliiez »)
- 3e plur. : -οντο (-onto) : ἐλύοντο (eluonto, « ils se déliaient »)
Remarque : à la 2e personne du singulier moyen, la désinence -εσο (-eso) se contracte en -ου (-ou). Par exemple, λύεσο → λύου.
Former l'imparfait : la méthode en 3 étapes
Pour conjuguer un verbe à l'imparfait, suis ces trois étapes :
- Trouve le radical du présent : c'est la forme du verbe sans la désinence -ω (-ō) à la 1re personne du singulier. Pour λύω (luō), le radical est λυ- (lu-).
- Ajoute l'augment : selon la règle (syllabique ou temporel). Pour λύω, on ajoute ἐ- → ἐλυ- (elu-).
- Ajoute les désinences secondaires : actives ou moyennes/passives. Pour λύω à l'actif : ἔλυον, ἔλυες, ἔλυε, ἐλύομεν, ἐλύετε, ἔλυον.
Attention aux verbes contractes (en -άω, -έω, -όω) : ils subissent des contractions à l'imparfait. Par exemple, ὁράω (horaō, « je vois ») → ἑώρων (heōrōn, « je voyais ») – ici, l'augment est temporel (ο → ω) et la contraction de -αο- en -ω. Mais ne t'inquiète pas, on verra ça plus tard.
L'imparfait du verbe « être » : εἰμί
Le verbe εἰμί (eimi, « je suis ») a un imparfait irrégulier, mais très fréquent :
- ἦν (ēn, « j'étais »)
- ἦσθα (ēstha, « tu étais »)
- ἦν (ēn, « il était »)
- ἦμεν (ēmen, « nous étions »)
- ἦτε (ēte, « vous étiez »)
- ἦσαν (ēsan, « ils étaient »)
Ce verbe est essentiel : tu le croiseras dans presque tous les textes. Apprends-le par cœur !
Exemple concret : un texte de Xénophon
Prenons un extrait de l'Anabase de Xénophon (I, 1, 1) :
« Δαρεῖος καὶ Παρυσάτις ἐγένοντο παῖδες δύο » – mais ici, ἐγένοντο est un aoriste. Cherchons un imparfait. Plus loin : « ἦν δὲ αὐτῷ καὶ ἄλλος παῖς » (« il avait aussi un autre fils »). Le verbe ἦν (ēn) est l'imparfait de εἰμί. On voit bien la valeur descriptive : « il y avait ». Dans une version, l'imparfait te permet de planter le décor, de décrire une situation.
Autre exemple : dans l'Iliade (I, 1), on lit « μῆνιν ἄειδε, θεά » (« chante, déesse, la colère »). Ici, ἄειδε (aeide) est un impératif présent, pas un imparfait. Mais si on avait « ἔειδε » (eeide), ce serait l'imparfait « il chantait ». Attention à ne pas confondre !
Conseils pour bien traduire l'imparfait
Quand tu rencontres un verbe à l'imparfait dans une version, voici comment le traduire :
- Si l'action est en cours dans le passé : « il était en train de faire ».
- Si l'action est habituelle : « il faisait souvent ».
- Si l'action est descriptive : « il était » (pour εἰμί).
Par exemple, « ἔλυε τοὺς ἵππους » (elue tous hippous) peut se traduire par « il déliait les chevaux » ou « il était en train de délier les chevaux ». Le contexte te guidera.
Mémoriser l'imparfait : astuces pratiques
Voici quelques techniques pour retenir l'imparfait :
- Répète les désinences en les chantant sur un air connu : -ον, -ες, -ε, -ομεν, -ετε, -ον.
- Associe l'augment à l'idée de passé : c'est comme un « é- » du passé en français (je marchais → je march-ais).
- Fais des fiches avec les verbes fréquents : λύω, ἄγω, γράφω, λέγω, ὁράω, εἰμί.
- Entraîne-toi avec des phrases simples : « ὁ παῖς ἔλυε τὸν ἵππον » (ho pais elue ton hippon, « l'enfant déliait le cheval »).
N'oublie pas de t'exercer régulièrement avec les exercices en ligne pour automatiser ces mécanismes.
Conclusion
L'imparfait grec ancien n'est pas si terrible une fois qu'on a compris l'augment et les désinences. C'est un temps très utile pour la narration et la description. Continue à t'entraîner, et bientôt tu le reconnaîtras du premier coup d'œil dans tes versions. Et si tu veux aller plus loin, explore notre section conjugaison et nos cours complets. Bon courage, tu es sur la bonne voie !
