Le commentaire
Méthode complète pour l'analyse littéraire et stylistique d'un texte grec. De la lecture à la rédaction.
Structure du commentaire
Introduction
5-10 min de rédactionAmorce
Phrase d'accroche sur le contexte littéraire, historique ou thématique
Ex : « La tragédie grecque du Ve siècle explore les limites de la condition humaine face au destin. »
Présentation de l'extrait
Auteur, œuvre, date, genre. Situer précisément le passage dans l'œuvre
Ex : « Cet extrait de l'Antigone de Sophocle (441 av. J.-C.) se situe au début de la pièce, lors du premier affrontement entre Antigone et Créon. »
Problématique
Question qui guidera l'analyse. Elle doit être liée aux enjeux du texte
Ex : « Comment Sophocle met-il en scène le conflit entre loi divine et loi humaine à travers le dialogue tragique ? »
Annonce du plan
Présentation claire des 2-3 axes d'analyse
Ex : « Nous analyserons d'abord la construction du débat agonistique, puis la dimension sacrée de l'argumentation d'Antigone, enfin la tragique fermeture de Créon. »
Développement
40-50 min de rédaction2-3 axes thématiques ou stylistiques. Chaque axe : idée directrice → analyse → citations → interprétation
Axe 1 : La construction dramatique
- •Structure du passage (dialogue, tirade, stichomythie)
- •Progression du conflit
- •Tensions et retournements
Axe 2 : Les procédés stylistiques
- •Champs lexicaux dominants
- •Figures de style (métaphore, comparaison, anaphore...)
- •Rythme et sonorités du grec
Axe 3 : Les enjeux philosophiques/religieux
- •Vision du monde et des dieux
- •Réflexion sur la condition humaine
- •Portée universelle du texte
Schéma d'un axe
Conclusion
5 min de rédactionBilan
Synthèse des principaux résultats de l'analyse
Ex : « L'analyse a montré comment Sophocle construit un affrontement tragique où deux légitimités s'opposent sans conciliation possible. »
Réponse à la problématique
Réponse claire et synthétique à la question posée en introduction
Ex : « Le conflit entre loi divine et loi humaine se révèle insoluble, illustrant la vision tragique de Sophocle. »
Ouverture
Élargissement vers l'œuvre complète, l'auteur, ou un thème plus large
Ex : « Cette tension entre piété et raison d'État traverse toute l'œuvre de Sophocle, jusqu'à l'Œdipe à Colone où le héros trouve enfin l'apaisement. »
Procédés stylistiques à connaître
Figures de répétition
Anaphore
Répétition d'un mot ou groupe de mots en début de phrase/vers
Πολλὰ τὰ δεινά... πολλὰ τὰ...
→ Insistance, effet incantatoire, mise en relief
Épiphore
Répétition en fin de phrase/vers
... θάνατος, ... θάνατος
→ Effet de refrain, conclusion solennelle
Polyptote
Répétition d'un mot sous différentes formes grammaticales
νόμος, νόμῳ, νόμον
→ Met en valeur le concept, crée un jeu sur le sens
Figures d'analogie
Comparaison
Rapprochement explicite avec ὡς, ὥσπερ, οἷον
ὥσπερ λέων (comme un lion)
→ Éclaire le propos par une image concrète
Métaphore
Comparaison implicite (sans outil de comparaison)
ἡ πόλις ναῦς ἐστιν (la cité est un navire)
→ Fusion de deux réalités, effet poétique
Personnification
Attribution de qualités humaines à une abstraction
ἡ δίκη βοᾷ (la justice crie)
→ Dramatisation, effet pathétique
Figures d'opposition
Antithèse
Opposition de deux termes ou idées
ζῶντες - τεθνηκότες (vivants - morts)
→ Met en valeur le contraste, structure le propos
Chiasme
Structure croisée ABBA
ἐγὼ μὲν σοί, σὺ δ᾽ ἐμοί
→ Effet de symétrie, mise en relation des termes
Oxymore
Alliance de termes contradictoires
γλυκὺς πόλεμος (douce guerre)
→ Tension, paradoxe, effet de surprise
Figures d'amplification
Hyperbole
Exagération pour renforcer l'effet
μυρία κακά (mille maux)
→ Intensification, effet émotionnel
Gradation
Suite de termes d'intensité croissante ou décroissante
ἦλθε, εἶδε, ἐνίκησε
→ Progression dramatique, effet de climax
Accumulation
Énumération de termes de même nature
πλοῦτον, δόξαν, τιμήν...
→ Effet d'abondance, d'exhaustivité
Figures d'atténuation
Litote
Dire moins pour suggérer plus
οὐκ ἀνόητος (pas sot = très intelligent)
→ Ironie, élégance, intensification paradoxale
Euphémisme
Atténuation d'une réalité dure
οἴχεται (il est parti = il est mort)
→ Pudeur, respect des conventions
Prétérition
Feindre de ne pas dire ce qu'on dit
Οὐ λέγω ὅτι... (je ne dis pas que...)
→ Ironie, mise en relief par la dénégation
Champs lexicaux fréquents
La mort (θάνατος)
Omniprésent dans la tragédie, rappelle la condition mortelle
La justice (δίκη)
Central dans les tragédies, les discours judiciaires
Le pouvoir (κράτος)
Questionne la légitimité et les limites du pouvoir
Les dieux (θεοί)
Rapport de l'homme au divin, destin et liberté
La sagesse (σοφία)
Idéal philosophique, connaissance de soi et du monde
Exemple de commentaire
Antigone, v. 450-457 (Sophocle)
Οὐ γάρ τί μοι Ζεὺς ἦν ὁ κηρύξας τάδε, οὐδ᾽ ἡ ξύνοικος τῶν κάτω θεῶν Δίκη τοιούσδ᾽ ἐν ἀνθρώποισιν ὥρισεν νόμους.
Car ce n'est pas Zeus qui m'a proclamé cet édit, ni la Justice, compagne des dieux d'en-bas, qui a établi de telles lois parmi les hommes.
Problématique
Comment Antigone fonde-t-elle la supériorité des lois non-écrites sur l'édit de Créon ?
Plan
1I. Le refus de l'autorité royale (négation et contestation)
2II. L'invocation des puissances divines (Zeus et Dikè)
3III. L'opposition lois écrites / lois non-écrites
I. Le refus de l'autorité royale
Οὐ γάρ τί μοι Ζεὺς ἦν ὁ κηρύξας τάδε
La double négation οὐ... τί (en aucune façon) marque un refus catégorique. Le verbe κηρύσσω (proclamer par héraut) renvoie à l'édit de Créon, réduit au statut de simple proclamation humaine.
Antigone dénie à Créon toute légitimité divine. Son édit n'émane pas de Zeus, père des dieux et garant de la justice.
οὐδ᾽ ἡ ξύνοικος τῶν κάτω θεῶν Δίκη
L'anaphore de la négation (οὐδ᾽) renforce le refus. Dikè est personnifiée comme « compagne » (ξύνοικος) des dieux chthoniens. L'épithète τῶν κάτω θεῶν (des dieux d'en-bas) évoque le monde des morts.
En invoquant Dikè, Antigone place le débat sur le plan de la justice universelle, non de la politique. Les morts ont leurs droits que les vivants ne peuvent ignorer.
Erreurs fréquentes à éviter
Paraphraser au lieu d'analyser
Reformuler le texte sans l'expliquer. Il faut montrer COMMENT le texte dit ce qu'il dit.
Toujours partir d'un procédé (figure, structure) et montrer son effet.
Oublier les citations grecques
Ne citer qu'en français. Le commentaire doit montrer votre maîtrise du grec.
Citation grecque + traduction + analyse. C'est le cœur du commentaire.
Plaquer des connaissances extérieures
Parler de l'auteur ou du contexte sans lien avec le texte.
Les connaissances doivent éclairer le texte, pas le remplacer.
Traiter les axes de façon isolée
Chaque axe semble déconnecté des autres.
Utilisez des transitions, montrez la progression de votre analyse.
Négliger la conclusion
Bâcler la synthèse par manque de temps.
Gardez 5 minutes pour une conclusion soignée. C'est la dernière impression !
Vocabulaire d'analyse
Conseils pour le Bac
Gestion du temps (1h30)
- 10 min : lecture attentive, repérage des procédés
- 15 min : élaboration du plan au brouillon
- 5 min : rédaction de l'introduction
- 50 min : rédaction du développement
- 5 min : rédaction de la conclusion
- 5 min : relecture
Le repérage au brouillon
- Souligner les mots-clés en grec
- Identifier les champs lexicaux
- Repérer les figures de style
- Noter les effets produits
- Regrouper par thèmes pour construire le plan
La rédaction
- Écrire lisiblement
- Sauter des lignes entre les parties
- Utiliser des connecteurs logiques
- Varier le vocabulaire d'analyse
- Relire chaque paragraphe après l'avoir écrit
