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L'imparfait grec ancien : la méthode complète

28 septembre 2026 8 min de lecture

Tu viens de découvrir l'alphabet grec et tu sais déjà reconnaître un verbe au présent, comme λύω (luô, « je délie ») ? Bravo ! Maintenant, il est temps de faire un pas de plus et d'explorer l'un des temps les plus utiles de la conjugaison grecque : l'imparfait. En grec ancien, l'imparfait n'est pas seulement un temps du passé comme en français : il raconte une action en train de se dérouler, une habitude, une description. C'est le temps du décor, du tableau qui se déploie lentement. Dans cet article, tu vas comprendre exactement comment il se forme, à quoi sert l'augment grec, et comment ne plus jamais te tromper sur ses terminaisons. Prêt ? Suis le guide.

Qu'est-ce que l'imparfait en grec ancien ?

En grec ancien, l'imparfait (en grec : παρατατικός, paratatikos, littéralement « qui s'étend, qui dure ») appartient à la grande famille des temps secondaires, appelés aussi temps historiques. Ces temps — imparfait, aoriste, plus-que-parfait — ont un point commun : ils portent tous un augment à l'indicatif. L'augment est une marque du passé que l'on ajoute devant le radical du verbe. C'est la signature du récit au passé.

Mais attention : l'imparfait n'est pas un passé comme les autres. Il exprime une action en cours d'accomplissement dans le passé, une durée, une répétition, ou une description. On le traduit souvent en français par « il était en train de… », « il faisait… », « il déliait (régulièrement)… ». Compare :

  • λύω (luô) : « je délie » (présent, action ponctuelle ou générale)
  • ἔλυον (elüon) : « je déliais, j'étais en train de délier » (imparfait, durée dans le passé)

Tu vois la différence ? L'imparfait grec dépeint un décor, une scène qui dure. C'est le temps idéal pour décrire un personnage en train d'agir, ou pour raconter une action habituelle.

Imparfait et aoriste : ne pas confondre !

Les élèves confondent souvent l'imparfait et l'aoriste, car tous deux se traduisent par un passé en français. Mais leur valeur est opposée :

  • Imparfait (ἔλυον, elüon) : action en cours, durable, répétée. « Il déliait (pendant ce temps-là). »
  • Aoriste (ἔλυσα, elusa) : action ponctuelle, achevée, envisagée comme un tout. « Il délia (soudain, une fois). »

Retiens l'image : l'imparfait, c'est le film qui tourne ; l'aoriste, c'est la photo instantanée.

Comment former l'imparfait : la méthode pas à pas

La formation de l'imparfait repose sur trois éléments simples : l'augment, le radical (éventuellement modifié) et les terminaisons secondaires. Voyons cela en détail.

Étape 1 : ajouter l'augment

L'augment est une syllabe ἐ- (e-) que l'on place devant le radical aux temps secondaires de l'indicatif. C'est la marque du passé. Mais il y a quelques règles à connaître :

  • Si le verbe commence par une consonne, l'augment est simplement ἐ- : λύω (luô) → ἔλυον (elüon).
  • Si le verbe commence par une voyelle, l'augment se contracte avec elle : ἀκούω (akouô, « j'écoute ») → ἤκουον (ēkouon, « j'écoutais »). La voyelle initiale s'allonge : α → η, ε → η, ο → ω, ι → ι (reste long).
  • Si le verbe commence par un diphtongue, l'augment s'insère souvent : αἱρέω (aireô, « je prends ») → ᾕρουν (hēiroun, « je prenais »).

L'augment ne porte jamais d'accent : il est atone. Il se place avant le radical, et l'accent reste sur la même syllabe que celle du présent correspondant, dans la mesure du possible.

Étape 2 : trouver le radical de l'imparfait

Pour les verbes en -ω (comme λύω), le radical de l'imparfait est le même que celui du présent, mais la voyelle thématique subit des modifications. En fait, l'imparfait se forme sur le thème du présent (radical + voyelle thématique). Pour les verbes contractes (en -άω, -έω, -όω), les contractions s'appliquent.

Exemple avec λύω : radical λυ- + voyelle thématique ο/ε. À l'imparfait, on ajoute l'augment et les terminaisons secondaires : ἔ-λυ-ον.

Étape 3 : ajouter les terminaisons secondaires

Les terminaisons de l'imparfait sont les terminaisons secondaires (aussi appelées terminaisons historiques). Les voici pour la voix active :

  • 1re personne du singulier : -ον (-on) → ἔλυον (elüon) « je déliais »
  • 2e personne du singulier : -ες (-es) → ἔλυες (elües) « tu déliais »
  • 3e personne du singulier : -ε (-e) → ἔλυε (elüe) « il/elle déliait »
  • 1re personne du pluriel : -ομεν (-omen) → ἐλύομεν (elüomen) « nous déliions »
  • 2e personne du pluriel : -ετε (-ete) → ἐλύετε (elüete) « vous déliiez »
  • 3e personne du pluriel : -ον (-on) → ἔλυον (elüon) « ils/elles déliaient »

Remarque : la 1re personne du singulier et la 3e personne du pluriel sont identiques (ἔλυον). C'est le contexte qui permet de distinguer.

Étape 4 : accentuation

L'accent reste sur la même syllabe que celle du présent, mais il remonte le plus possible, sans jamais dépasser la limite des trois syllabes (loi de limitation). Pour ἔλυον, l'accent est sur l'antépénultième (ἔ-). Pour ἐλύομεν, il est sur l'avant-dernière (λύ-).

Tableau récapitulatif de l'imparfait actif

Voici le paradigme complet du verbe λύω (luô, « je délie ») à l'imparfait actif :

  • ἔλυον (elüon) : je déliais
  • ἔλυες (elües) : tu déliais
  • ἔλυε(ν) (elüe(n)) : il/elle déliait
  • ἐλύομεν (elüomen) : nous déliions
  • ἐλύετε (elüete) : vous déliiez
  • ἔλυον (elüon) : ils/elles déliaient

Pour les verbes contractes, les terminaisons se contractent avec la voyelle finale du radical. Exemple avec φιλέω (phileô, « j'aime ») : ἐφίλουν (ephiloun) « j'aimais », ἐφίλεις (ephileis) « tu aimais », ἐφίλει (ephilei) « il aimait », etc.

L'imparfait dans les textes : un exemple concret

Ouvre n'importe quel texte grec : tu verras l'imparfait partout dans les descriptions et les récits. Prenons un exemple simple, tiré de l'Anabase de Xénophon (I, 1, 1) :

Δαρείου καὶ Παρυσάτιδος γίγνονται παῖδες δύο.
(Dareiou kai Parysatidos gignontai paides duo.)
« De Darius et de Parysatis naissent deux enfants. »

Ici, γίγνονται est au présent. Mais si Xénophon avait voulu décrire la situation dans le passé, il aurait utilisé l'imparfait : ἐγίγνοντο (egignonto) « ils naissaient / étaient en train de naître ». Tu vois la nuance : l'imparfait plante le décor.

Autre exemple célèbre, dans l'Odyssée d'Homère (chant V) :

ἔνθα δ' ἔναιεν Καλυψώ, δῖα θεάων.
(entha d' enaien Kalypsô, dia theaôn.)
« Là habitait Calypso, divine entre les déesses. »

ἔναιεν (enaien) est un imparfait : il décrit une habitation durable, un cadre. C'est exactement le rôle de l'imparfait grec.

Étymologie : l'imparfait dans les mots français

De nombreux mots français viennent du grec et portent la trace de l'imparfait. Par exemple, le mot « archéologie » vient de ἀρχαιολογία (arkhaiologia), composé de ἀρχαῖος (arkhaios, « ancien ») et λόγος (logos, « discours, étude »). Mais ce n'est pas tout : le verbe grec λέγω (legô, « je dis ») a un imparfait ἔλεγον (elegon, « je disais »). On retrouve cette racine dans « légende » (ce qui doit être lu), « dialecte » (manière de parler), etc.

Un autre exemple : le mot « école » vient du grec σχολή (skholê, « loisir consacré à l'étude »). À l'imparfait, on aurait ἐσχόλαζον (eskholazon) « je vaquais à l'étude ». Amusant, non ?

Méthode de mémorisation et d'entraînement

Pour maîtriser l'imparfait grec ancien, voici quelques conseils éprouvés :

  • Apprends par cœur le paradigme de λύω à l'imparfait. C'est le modèle de tous les verbes réguliers en -ω.
  • Répète l'augment à voix haute : ἔ-λυ-ον, ἔ-λυ-ες… L'oreille mémorise mieux que l'œil.
  • Fais des fiches avec le présent et l'imparfait côte à côte. Tu verras immédiatement la différence.
  • Entraîne-toi sur des phrases simples : traduis des phrases courtes du grec au français et inversement. Tu peux trouver des exercices progressifs sur https://www.legrec.fr/exercices.
  • Revois la conjugaison régulièrement : un petit tour sur https://www.legrec.fr/conjugaison t'aidera à consolider tes acquis.

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Les pièges à éviter

Quelques erreurs classiques guettent les débutants :

  • Oublier l'augment : sans lui, pas d'imparfait ! ἔλυον, pas λύον.
  • Confondre l'imparfait et l'aoriste : l'imparfait dure, l'aoriste ponctue.
  • Mal accentuer : respecte la loi de limitation et place l'accent comme dans le modèle.
  • Négliger les verbes contractes : ils ont des contractions spécifiques. Entraîne-toi sur φιλέω, τιμάω, δηλόω.

Pour approfondir la théorie et voir d'autres exemples, consulte les cours complets sur https://www.legrec.fr/cours.

Conclusion : l'imparfait, ton allié pour raconter

Tu tiens maintenant les clés de l'imparfait grec ancien : l'augment, les terminaisons secondaires, et surtout la valeur d'action en cours. C'est un temps passionnant, car il te permet de planter le décor, de décrire des scènes, de raconter des habitudes. Avec un peu de pratique, tu l'utiliseras sans y penser. N'oublie pas : chaque verbe que tu conjugues t'ouvre un peu plus les portes des textes d'Homère, de Platon et des tragiques. Alors, à toi de jouer ! Et si tu veux tester tes connaissances, direction les exercices sur https://www.legrec.fr/exercices. Bon courage, et καλὸς ἀγών (kalos agôn, « belle lutte ») !

📚 Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'augment en grec ancien ?

L'augment est une syllabe ἐ- (e-) que l'on ajoute devant le radical du verbe aux temps secondaires de l'indicatif (imparfait, aoriste, plus-que-parfait). C'est la marque du passé. Si le verbe commence par une consonne, l'augment est simplement ἐ- (λύω → ἔλυον). Si le verbe commence par une voyelle, l'augment se contracte avec elle (ἀκούω → ἤκουον).

Quelles sont les terminaisons de l'imparfait actif en grec ancien ?

Les terminaisons de l'imparfait actif sont : -ον, -ες, -ε(ν), -ομεν, -ετε, -ον. Exemple avec λύω : ἔλυον, ἔλυες, ἔλυε(ν), ἐλύομεν, ἐλύετε, ἔλυον.

Quelle est la différence entre l'imparfait et l'aoriste en grec ancien ?

L'imparfait exprime une action en cours, durable ou répétée dans le passé (« il déliait, il était en train de délier »), tandis que l'aoriste exprime une action ponctuelle, achevée, envisagée comme un tout (« il délia »). L'imparfait plante le décor, l'aoriste raconte l'événement.

Comment conjuguer un verbe contracte à l'imparfait en grec ancien ?

Pour les verbes contractes en -έω, -άω, -όω, on ajoute l'augment et on contracte la voyelle finale du radical avec les terminaisons. Exemple avec φιλέω (aimer) : ἐφίλουν, ἐφίλεις, ἐφίλει, ἐφιλοῦμεν, ἐφιλεῖτε, ἐφίλουν.

Pourquoi l'imparfait grec est-il important pour la traduction ?

L'imparfait grec permet de rendre des nuances de durée et de description essentielles pour bien traduire un texte antique. Il correspond souvent à l'imparfait français, mais peut aussi se traduire par « se mit à » ou « était en train de ». Le reconnaître évite les contresens.

Quels verbes grecs faut-il connaître en priorité à l'imparfait ?

Il faut d'abord maîtriser λύω (délier), le modèle des verbes en -ω, puis les contractes φιλέω (aimer), τιμάω (honorer), δηλόω (montrer). Ensuite, les verbes fréquents comme εἰμί (être), ἔχω (avoir), λέγω (dire), ποιέω (faire) sont indispensables.

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