Euripide
Εὐριπίδης
480-406 av. J.-C. — Le philosophe de la scène
Θνητὰ φρονεῖν χρὴ θνητὸν ὄντα.
Quand on est mortel, il faut avoir des pensées mortelles.
Les Bacchantes
Biographie
Repères chronologiques
Caractéristiques de son théâtre
- •Critique des conventions sociales et religieuses
- •Psychologie complexe des personnages féminins
- •Remise en question des dieux traditionnels
- •Introduction du deus ex machina
- •Réalisme dans le langage et les situations
Tragédies principales (18 conservées)
Alceste
Ἄλκηστις
Alceste accepte de mourir à la place de son époux Admète. Héraclès, de passage, arrache Alceste aux Enfers et la ramène à son époux. Pièce ambiguë : tragédie ou drame satyrique ?
Γύναι, σὲ μὲν θεοὶ εὐτυχῆ ποιήσειαν.
Femme, puissent les dieux te rendre heureuse !
Héraclès s'adressant à Alceste voilée
Médée
Μήδεια
Médée, répudiée par Jason qui épouse la fille du roi de Corinthe, tue sa rivale, le roi, puis ses propres enfants pour se venger. Elle s'enfuit sur un char du Soleil.
Χαλεπὸν γυναικὸς θυμός, ὅταν πρὸς ξυνευνέτην πικρὰ λυπηθῇ.
Terrible est la colère d'une femme quand son époux lui fait amère injure.
Le chœur commente la fureur de Médée
Hippolyte
Ἱππόλυτος
Phèdre, épouse de Thésée, aime son beau-fils Hippolyte, chaste adorateur d'Artémis. Repoussée, elle se suicide en l'accusant faussement. Thésée maudit son fils qui meurt, frappé par Poséidon.
Ἔρως, Ἔρως, ὁ κατ᾽ ὀμμάτων στάζεις πόθον.
Éros, Éros, qui par les yeux fais ruisseler le désir...
Célèbre ode du chœur à Éros
Les Troyennes
Τρῳάδες
Après la chute de Troie, les femmes captives attendent d'être distribuées aux vainqueurs grecs. Hécube voit sa fille Polyxène sacrifiée, son petit-fils Astyanax tué, sa fille Cassandre donnée à Agamemnon.
Τροία, Τροία δύστηνε, διόλλυσαι.
Troie, Troie malheureuse, tu péris !
Lamentation d'Hécube
Électre
Ἠλέκτρα
Électre, mariée de force à un paysan, attend Oreste pour venger leur père. Le matricide s'accomplit mais laisse les deux meurtriers rongés de remords. Les Dioscures interviennent pour apaiser.
Ὦ φίλος, ὦ φίλος, ἔμολες.
Ô ami, ô ami, tu es venu !
Électre reconnaissant Oreste
Iphigénie en Tauride
Ἰφιγένεια ἡ ἐν Ταύροις
Iphigénie, sauvée du sacrifice à Aulis par Artémis, est prêtresse en Tauride. Elle reconnaît son frère Oreste venu chercher la statue d'Artémis. Ils s'enfuient ensemble grâce à Athéna.
Ὦ φιλτάτη σύγγονε.
Ô ma très chère sœur !
La reconnaissance entre Iphigénie et Oreste
Iphigénie à Aulis
Ἰφιγένεια ἡ ἐν Αὐλίδι
Agamemnon doit sacrifier sa fille Iphigénie pour que les vents permettent le départ vers Troie. Après des hésitations, Iphigénie accepte noblement de mourir pour la Grèce.
Θανοῦμαι· τοῦτο δ᾽ οὐ φεύξομαι.
Je mourrai ; et je ne fuirai pas ce sort.
Iphigénie acceptant son destin
Les Bacchantes
Βάκχαι
Dionysos revient à Thèbes pour établir son culte. Penthée, roi qui refuse de le reconnaître, est déchiré par les Bacchantes dont sa propre mère Agavé. Chef-d'œuvre sur le dionysisme.
Ὁ Βρόμιος, ὁ Βρόμιος· ἴτε Βάκχαι.
Bromios, Bromios ! Allez, Bacchantes !
Le chœur invoquant Dionysos
Thèmes majeurs
L'humanisation des personnages mythiques
ἀνθρωπίνη φύσις
Euripide dépouille les héros de leur grandeur traditionnelle. Ils doutent, souffrent, se contredisent. Médée est une femme blessée avant d'être une magicienne.
Ex : Médée pleure ses enfants avant de les tuer : conflit déchirant entre amour maternel et désir de vengeance.
La critique sociale et politique
ἡ κρίσις τῆς πόλεως
Les Troyennes, jouées après le massacre de Mélos par Athènes, dénoncent les horreurs de la guerre. Euripide est le poète de la crise athénienne.
Ex : Hécube incarne les victimes de l'impérialisme athénien.
Le rôle central des femmes
αἱ γυναῖκες
Ses héroïnes (Médée, Phèdre, Hécube, Iphigénie) sont des figures complexes : passionnées, intelligentes, souvent plus lucides que les hommes.
Ex : Médée : 'De tous les êtres qui ont vie et pensée, nous les femmes sommes la créature la plus malheureuse.'
Le questionnement des dieux
θεῶν ἀμφισβήτησις
Les dieux d'Euripide sont souvent cruels, capricieux, absents. L'homme est seul face à un destin absurde. Influence de la sophistique.
Ex : Dans les Bacchantes, Dionysos impose un culte cruel à ceux qui le refusent.
Innovations dramatiques
Le deus ex machina
ἀπὸ μηχανῆς θεός
Un dieu apparaît à la fin pour résoudre une situation inextricable. Athéna dans Iphigénie en Tauride, les Dioscures dans Électre. Procédé critiqué par Aristote.
→ Solution artificielle qui souligne l'impuissance humaine et l'arbitraire divin.
Le prologue informatif
ὁ πρόλογος
Un personnage (souvent un dieu) expose la situation au début de la pièce. Le spectateur sait tout d'avance : l'intérêt est dans le 'comment', pas le 'quoi'.
→ Ironie dramatique renforcée : le spectateur en sait plus que les personnages.
Les monodies et duos
μονῳδία
Les acteurs chantent des airs lyriques, jusque-là réservés au chœur. Expression directe de l'émotion individuelle.
→ Intensification pathétique, individualisation des personnages.
L'agon rhétorique
ὁ ἀγών
Longs débats contradictoires influencés par la sophistique. Les personnages argumentent avec une virtuosité qui peut sembler froide.
→ Relativisation des valeurs : chaque position peut se défendre.
Les trois tragiques comparés
| Aspect | Eschyle | Sophocle | Euripide |
|---|---|---|---|
| Vision des dieux | Dieux justes et ordonnateurs | Dieux mystérieux mais présents | Dieux capricieux ou absents |
| Le héros | Le héros face au destin collectif | Le héros solitaire et noble | L'être humain ordinaire et faillible |
| Le chœur | Rôle majeur, parfois protagoniste | Rôle important de commentateur | Rôle réduit, parfois simple ornement |
| Le langage | Grandiloquent et imagé | Noble et équilibré | Plus proche du quotidien |
| La fin | Souvent réconciliation divine | Catastrophe qui révèle la grandeur | Dénouement souvent artificiel (deus ex machina) |
Citations à retenir
Θνητὰ φρονεῖν χρὴ θνητὸν ὄντα.
Quand on est mortel, il faut avoir des pensées mortelles.
Les Bacchantes
Appel à la mesure face à l'hybris. L'homme doit accepter sa condition.
Ὃν οἱ θεοὶ φιλοῦσιν ἀποθνῄσκει νέος.
Celui que les dieux aiment meurt jeune.
Proverbe attribué à Euripide
Vision pessimiste : la vie est souffrance, la mort une libération.
Πάντων δὲ θνητῶν σπέρμα δυστηνώτατον γυναῖκες ἐσμεν.
De tous les êtres mortels, nous les femmes sommes la race la plus malheureuse.
Médée, v. 230-231
Médée dénonce la condition féminine dans la société grecque.
Ἔρως διδάσκει κἂν ἄμουσος ᾖ τὸ πρίν.
L'amour enseigne, même à celui qui n'avait aucune culture.
Fragment
L'amour comme force éducatrice et transformatrice.
Vocabulaire euripidéen
pour faire apparaître les dieux
exposition initiale
innovation d'Euripide
influence sophistique
scène clé chez Euripide
au cœur de sa dramaturgie
force aveugle
souvent remise en question
pouvoir et limites
vs νόμος (convention)
thème central dans Les Bacchantes
figure marginale récurrente
